[CRITIQUE] Assassin's Creed : une lame bien aiguisée disponible sur Netflix

Par Grégoire Duez-Gündel / Rédacteur en chef

le 22 juin 2020

À Hollywood, il est de bon ton de dire que plus une franchise de jeux-vidéo cartonne, plus son adaptation cinématographique a de fortes chances de voir le jour. En revanche, parmi toutes les sagas vidéoludiques à succès, rares sont les adaptations parfaitement honorées par la critique. Après avoir mis en scène sur grand écran Tomb Raider, Prince of Persia, Max Payne ou encore Resident Evil, l'année 2016 sort au cinéma Assassin's Creed à l'heure où déjà 9 jeux constituaient la série. À la fois échec commercial et critique, le film n'a lui non plus pas été épargné par les verdicts. Disponible depuis ce dimanche 21 juin sur Netflix, il est temps de retourner dans le passé non pas pour confirmer le bide mais pour tenter de remettre quelques pendules à l'heure. Prêt pour un petit saut de la foi ?



Comprenons bien une chose. Le récit de la licence Assassin's Creed est parfaitement taillé pour le jeu vidéo. Le principe est simple, incarner un personnage du monde contemporain et plonger dans une époque historique marquante grâce à l'animus, véritable machine à remonter le temps futuriste permettant au personnage de revivre les souvenirs de ses ancêtres, membres du credo des Assassins. Dès lors, le plaisir s'orchestre par l'exploration en monde ouvert d'une véritable page de l'histoire didactique pour le joueur. Mais également suivre un scénario extrêmement riche qui oscille avec acuité entre passé et présent.


Le film de Justin Kurzel reprend dans les grandes lignes le pitch et s’inspire plus fortement du tout premier volet de la franchise. Il expose le périple de Callum Lynch, issu d'une famille d'Assassins et retenu captif par l'ordre des Templiers bien décidé à mettre la main sur la pomme d'Éden, le mystique et très puissant artefact contenant les germes de la désobéissance humaine. Callum se verra forcé d'entrer dans l'infernale machine afin de revivre les aventures de son ancêtre Aguilar et récupérer les informations nécessaires à sa localisation. Oubliez l'époque des croisades du premier volet, la renaissance italienne du second ou encore la révolution américaine de Assassin's Creed III car le film pioche la carte de la nouveauté et nous plonge en pleine inquisition espagnole de 1492.


D'emblée, Assassin's Creed version cinéma prend de la hauteur dans sa photographie absolument fabuleuse. L’esthétique très graphique et lumineuse (presque angoissante) du présent s'allie parfaitement avec les couleurs âpres et poussiéreuses de l'époque historique traversée. Une volonté de la part du réalisateur de délimiter correctement les époques en sublimant sa patte artistique. Car, quel que soit le siècle, tout dans le visuel semble avoir un sens. L’atmosphère très clean, froide et épurée du présent nous immerge dans un monde contemporain menacé par les Templiers, prêts à tout pour instaurer la paix par l'ordre et le contrôle. À l'inverse, le passé propose des couleurs plus chaudes et se consacre entièrement au conflit des Assassins contre les Templiers par ses séquences d'actions.


Ainsi, le film déroule son récit en jonglant avec les époques sans oublier sa mission principale : les animer sur grand écran. Là où le jeu vidéo arrive parfaitement à rendre atypiques les deux univers, il semble beaucoup plus difficile pour un long métrage de remplir parfaitement le même objectif. C'est pourquoi le film n'opte pas pour la tentative désespérée de rendre les époques aussi colorées et confie principalement sa narration au 21ème siècle. Les séquences du passé, bien plus centrées sur l'action sont aussi beaucoup plus anecdotiques et il est vrai que si l'on prend le risque d'offenser certains fans, on comprend un peu mieux les critiques peu élogieuses. Pour les plus tolérants, admirateurs ou non des jeux vidéos, ce n'est pas un problème dès lors qu'on accepte qu'en 2h de film, il devait forcément y avoir un parti pris. Le présent est là pour faire avancer le récit, le passé, pour démarrer les bagarres. Acceptant ce point de vue, Assassin's Creed est un film d'assez bonne facture.


D'autant plus que le titre synthétise de manière extrêmement limpide le fil conducteur des jeux à savoir : la guerre idéologique entre Assassins et Templiers, la course à l'artefact issu d'une très ancienne civilisation et une retranscription historique parfaitement fidèle en toile de fond. Alors certes, on peut trouver légitime aux yeux des fans de bouder face à un scénario qui occulte quelques aspects du jeu vidéo mais tout cela n’empêche en rien le film d'avancer dans la cohérence et la justesse. Au cinéma, l’œuvre se doit d'être rythmée, efficace et homogène.


Mieux encore, l'ambiance du long-métrage réussit non seulement l'exploit de faire honneur à la franchise vidéoludique mais également de prendre à juste dose son envol pour s'en démarquer très finement. À l'inverse des jeux, l'humour est totalement absent, l’atmosphère est beaucoup plus austère et la bande originale très pesante signée Jed Kurzel souligne un climat bien plus ténébreux.


On regrettera quand même, la trop grande négligence à expliquer convenablement l'époque historique dans laquelle le film nous plonge. Au final, l'inquisition espagnole du 15ème siècle n'est absolument pas introduite et ne sert qu'a justifier les séquences d'action. Vraiment dommage pour un titre adapté d'une licence aussi pédagogique. Sans nul doute le gros point noir du film. Essentiel pour certains, il est vrai.


Lors d'une récente interview, Justin Kurzel assume le fait que pour l'immense cahier des charges, une série aurait sans doute été plus appropriée tant il a été difficile de faire coexister deux périodes. Et même si on ne peut définitivement pas contredire les critiques de ce point de vue, le film est beaucoup plus défendable sur tous ses autres aspects. Plus encore, il peut à bien des égards se classer parmi les adaptations de jeux vidéo les plus audacieuses. À l'heure actuelle, le projet d'une série animée est mis en chantier depuis 3 ans par le studio développeur des jeux, Ubisoft. Peut être l'occasion pour les déçus de se réconcilier avec les adaptations de la franchise. Pour les autres qui ont reconnu en Assassin's Creed un spectacle imparfait mais digne de très grands jeux vidéo, on les laisse imaginer quel formidable voyage cela pourrait être.



Verdict CROQUE SHOW :


Grégoire Duez-Gündel / Rédacteur en chef

L'image de ce post est issue du film Assassin's Creed (2016) produit par New Regency, Ubisoft Motion Pictures, réalisé par Justin Kurzel et distribué en France par 20th Century Fox.


Pays : États-Unis

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